Ce blog "PERSPECTIVES CONGOLAISES" a pour vocation d'abriter les publications de Djess dia Moungouansi, analyste politique et libre penseur congolais. Elles sont également reprises par Mwindapress, Le Moustique, Zenga-Mambu, Kimpwanza, Congopage ou par Congoplus.info.
La création de ce blog répond à une attente plurielle mais aussi une envie de partager mes opinions et réflexions avec toute personne qui pourrait y trouver un intérêt.
La jeunesse congolaise, se donne-t-elle les moyens de s’ériger en ultime rempart avant l’abîme ? (le 22/10/2009 à 14h49)
La jeunesse congolaise, se donne-t-elle les moyens de s’ériger en ultime rempart avant l’abîme ?
La farce électorale du 12 juillet 2009 a emporté aux mille diables, les derniers espoirs de la jeunesse congolaise. L’insigne impéritie du pouvoir actuel, se traduit par la vacuité d’un réel projet mettant en exergue les préoccupations de cette jeunesse. Au contraire,il se contente de distiller à dose homéopathique, une formede résignation anesthésiante. Tout le long de l’histoire de notre pays, cette jeunesse a été instrumentalisée par le leaders véreuxqui l’ontutilisée tour à tourcomme pourvoyeur de voix et chair à canon. Toute fois, ne devrait-elle pas conjurer ce rôle passifen prenant son destin en mains?
C’est de notoriété publique ! «C'est la fièvre de la jeunesse qui maintient le reste du monde à la température normale. Quand la jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents. » - Georges Bernanos. La jeunesse a toujours été lecatalyseur des grands évènements que le monde a connus. De la chute du mur de Berlin en passant par les grandsmouvements qui ont permis l’avènement du processus démocratique en Afrique au début des années 90, la jeunesse a toujours été aux avants postes. Celle du Congo, comme toutes les jeunesses du monde, est caractérisée par cet élan de liberté, et par la propension à prendre de risques, mais elle est également galvanisée par l’idéalisme. Elle avait déjà fait preuve d’un courage extraordinaire lors des premières contestations qui finirent par fragiliser l’autorité du pouvoir du parti unique dans les années 80. En juillet 2008, en marge des obsèques de J.P. Tchystère Tchikaya à Pointe-Noire, elle nous a également convaincus de son envie à vouloir changer le monde à sa manière.
Cependant, un regard inquisiteur sur notre histoire récente nous laisse pantois quantau rôlede cette jeunesse, dans une période importante de l’histoire de notre pays. On peut affirmer, sans risque de se tromper qu’une frange non représentative de la jeunesse congolaise, présente à la CNS n’avait pas réellement pris ses responsabilités. Faute de n’avoir fait ni le bilan, ni l’audit de l’Etat du Congo, la dynamique du changement s’était enrayée à sa grande stupeur. En faisant allégeance à ceux là même qui avaient des vieux comptes à régler entre eux, leur énergie avait été insidieusement récupérée et mise au service du mal, notamment pour se faire une virginité et pour satisfaire leurs intérêts égoïstes. Trop vieux d’esprit et de caractère, ces jeunes avaient simplement succombé à la manipulation des leaders, qui n’attendaient pas moins pour masquer leur impuissance et accéder ou se maintenir au pouvoir. On connaît la suite…
Bien que soumise à des forces et des logiques qui lui échappent parce que dictées par les aînés en mal de projets, il n’en demeure pas moins que cette jeunesse soit à certains égards, créatrice de son histoire. Tout en osant le pari du changement dans la modernité, elle a l’obligation de concevoir des réels projets de société, en tenant compte des exigences de ce siècle nouveau. Tant d’occasions ratées par le biais desquelles, on aurait pu imprimer cette touche essentielle dans l’édification de cette nation, encore hésitante, à mon sens.
Toutes les victoires ont un prix, et la jeunesse congolaise doit s’acquitter du sien en s’opposant avec la dernière énergie à la déstructuration délibérée du tissu éducatif , qui est devenue le sport préféré du système actuel. Le but inavoué d’une telle démarche est connu :abrutir le citoyen en le privant des moyens intellectuels appropriés susceptibles de mettre en lumière leur incompétence par une analyse des résultats des politiques engagées. Le démantèlement de l’Université de Brazzaville ou le désolant spectacledes écoles dépourvues des tables- bancs pour un pays producteur de bois, relèvent d’une impudence qui n’obéit nullementà des contingences financières imposées par les Institutions Financières Internationales, il répond à des considérations d’ordre stratégique : anéantir ce pôle de contestation par excellence.
En imposant un réel rapport de force, les jeunes pourraient intégrer toutes les grandes formationspolitiques du pays ou en créer des nouvelles qui épouseraient plus l’air du tempsafin de marquer la rupture avec les pratiques aux relents nauséeux que nos aînés affectionnent tant. Ce changement de cap ne pourra être durable et viable que lorsqu’il ne fera pas l’objet d’un décret, ni croire naïvement à un déterminisme du changement. Il doit être le résultat d’une démarche claire, lisible, osée dans laquelle, le Congo serait le principal bénéficiaire.
Les Congolais ont en effet trop facilement cru au déterminisme du changement, comme si l’adoption d’une nouvelle Constitution le 15 Mars 1992, suffisait pour impulser le changement de la société. Celle du 20 Janvier 2002, élaborée pour assouvir les ambitions d’un seul homme, a comme il fallait s’y attendre,consacré une dictature constitutionnelle. La tentative d’appliquer aux réalités sociales le postulat déterministe est hasardeuse. Le déterminisme social ne saurait être calqué sur celui des faits physiques. D’ailleurs, l’importance stratégique de la place et du rôle des acteurs dans le processus de changement, notamment cette force de frappe des jeunes, avait été mal utilisée ou méconnue. Les jeunes ne s’imposeront jamais dans ces structures par la simple force du Saint-Esprit. On doit donc éviter toute confusion, comme c’était le cas sous la période de transition dirigée par Milongo ou le rôle de faire-valoir qu’endossent actuellement les jeunes qui s’agglutinent autour du festin. Tant que les conditions d’un vrai changement ne seront jamais mises en place, nous n’assisterons malheureusement qu’à une amorce du changement. Nuance !
Il est urgent de ne pas s’accrocher au jeunisme, cette doctrine rétrograde qui ferait penser à une rente inépuisable dont le bon Dieu nous serait redevable, ni au déterminisme organiciste, fondamentalement immobiliste. La jeunesse doit plutôt s’appuyer sur une véritable stratégie, adaptée au management de la société systémique et syncrétique qu’est le Congo et ceci dans un caniveau des desseins clairement exprimés.
Les idées ne sont rien sans réelle stratégie. Les pesanteurs de la société actuelle sont telles qu’il importe de bien redéfinir leurs interactions pour mieux saisir la complexité de notre paysage politique. Ce n’est qu’en saisissant les stratégies élaborées dans les officines de Mpila visant la conservation coûte que coûte du pouvoir, désormais à caractère médiéval, que l’on pourrait élaborer la contre-stratégie idoine.
Disons-le sans ambages, la présence des jeunes aux commandes des grandes formations politiques n’est pas la panacée, encore faudrait-il qu’elle soit le fruit d’une stratégie lisible. Les jeunes qui se bousculent actuellement aux portillons du RMP par exemple,n’ont aucune d’ambition pour ce pays, ils sont attirés par les pétro-Cfaqui jonchentla cour mpilienne. Les uns et les autres rivalisent d’imagination pour s’attirer les faveurs du chef de clan et les méthodes les plus basses ne sont plus exclues pour donner du cynisme au spectacle. La jeunesse congolaise a tout bonnement perdu le grand rêve.
C’est à elle de donner corps à ce rêve,celui là qui a toujours été au commencement de chaque civilisation. C’est cette sorte d’épopée qui permit à Homère de donner à la Grèce et aux Hellènes un rêve de grandeur. Virgile concrétisa le sien en confiant la Rome impériale aux latins
Le Congo est à l’agonie, et les Congolais dans leur majorité, aspirent à un réel changement, ils sont prêts à accepter les sacrifices pour justifier cette exigence, pour peu que, cette fois-ci, les jeunes prennent véritablement leurs responsabilités.
- Le Moustique :http://www.congo-internet.com/dossiers/dossiers.php?val=1074_la+jeunesse+congolaise+se+donne-t-elle+moyens+s+eacuteriger+ultime+rempart+avant+abicircme+
Institutions moribondes ou « homme fort » ? (le 29/09/2009 à 16h16)
Institutions moribondes ou « homme fort » ?
S’adressant aux africains, dans un discours sans équivoque à Accra, Barack Obamarappelait : « L’Afrique a besoin d’institutions fortes et non des hommes forts ». Plus prolixe sur la question, l’académicienAndré VANCHEZ avait déjà donné le ton : « Si rien ne se fait sans les hommes, rien ne dure sans les institutions ».Difficile de dire mieux !
A un évident problème d'incompétence des hommes qui gouvernent le Congo, s'est greffé un autre impedimenta, plus insidieux ; mais plus grave puisqu'il empêche notre pays d'entrer dans la modernité : l’inanité de nos institutions. Notre pays doit donc, sans attendre, repenser un système, doté des institutions plus rassurantes qui permettraient de concilier d’une part ; la diversité ethnique et culturelle, de l’autre, la cohésion et la maturité que suppose l'appartenance à une seule et même nation. Même l’alternance, expression de la vitalité d’une démocratie, devient une utopie. Face aux institutions incapables d’assurer une consolidation démocratique, les congolais sont désormais résignés à attendre un coup de main du Seigneur, tel qu’il soit.
Inexorablement, notre pays s’éloigne chaque jour des deux principaux piliers d’un Etat de droit à savoir, la démocratie et la République. On mesure avec impuissance la quantité du sérum de cynisme qui a pénétré les veines de nos institutions pour que nulle clameur ne reprouve les agissements de Gérard BITSINDOU, Président de la Cour constitutionnelle. Le caractère suprême des décisions de la Cour en droit interne, rend d’autant plus délicate la mission de ses membres dont les conditions de désignation devraient êtreassez encadrées, tant par les exigences de compétences, que de grandes probité et moralité. La nôtre, dont la mission a été simplement dévoyée, estréduite à un organe à la merci des caprices de l’homme fort de Mpila.Au bout du compte, le citoyen et l’homme politique sont amenés à considérer l’Etat comme un réseau de relations et non pas comme un ensemble de fonctions devant être remplies de manière neutre et objective. On s’éloigne des vertus desmécanismes démocratiques qui doivent servir à exprimer des attentes différentes quant à l’avenir de la cité, car, il n’y a pas de « politique » sans la libre confrontation de ces attentes.
Lesélections calamiteuses de juillet 2009 ont fini par faire le lit de l’autocratie, de l’arbitraire et de la captation des fonds publics par le clan de l’homme fort de Mpila, tout en dressant un persistant obstacle à la formation d’une légitimité des institutions représentatives. C’est avec uneaisance déconcertante que ce régime sans réelle légitimité, déstabilise les membres de l’oppositionpour une ténébreuse affaire de coup de feu qui serait tiré lors des manifestations du 15 juillet 2009. On arrive peu à peu à une espèce de démission collective quiruine la volonté populaire et l’empêche de réclamer des institutions susceptibles de protéger les citoyens.
En faisant table rase sur les acquis de la CNS , les dirigeants actuels se sont doté en 2002 d'une nouvelle constitution, taillée sur mesure. Cependant, les rédacteurs de la dite constitution étaient beaucoup guidés par l'obsession de la stabilité politique qu'incarnerait un « Homme fort », en rejetant tout bonnement aux calendes grecques, la mise en place d'un climat propice à l'éclosion des valeurs, par une paix juste. Cette constitution confère au Président de la République une posture quasi monarchique plus ou moins souhaitée à l’issue d’une guerre, mais qui est devenue de plus en plus archaïque.
Tout est donc mis en œuvre pour encourager l’opinionà s’en remettre à un Prince plutôt qu’à accorder sa confiance à des institutions qui par définition sont abstraites. Cette situation entraîne une personnalisation du pouvoir, faisant ainsi de l’ombre aux mécanismes représentatifs et sapant toujours plus leur nécessaire légitimité.
Si un chef de tribu, Président de comité, Patron de petite entreprise, ou un Meneur de bande peut exercer tout seul le pouvoir dans un petit groupe social, le pouvoir se divise nécessairement entre plusieurs gouvernants dès que le groupe s'étend. C'est vrai pour un Etat. Un gouvernement au sens large du terme est cet ensemble de gouvernants, cette petite communauté dirigeante à l'intérieur de la grande. Or, en dépit de l'hypertrophie de la cour mpilienne ( pseudo conseillers, ministres, autres collaborateurs adeptes de l'allégeance etc..), Sassou semble être isolé en tout point, d'autant plus que tout repose exclusivement sur lui.
Il a mis en place un système dans lequel il serait le seul à générer les idées et à les exécuter. Comme il n'a aucune ambition pour son pays, il ne fait ni l'un ni l'autre. De même, ceux qui devraient jouer leur rôle dans l'initiative et dans l'exécution, ne le font pas ; et pour cause, ils sont relégués dans des tâches qui relèvent de la pure sinécure. Résultat des courses : la culture rétrograde du « Ledza lenua » a pris le dessus sur les principes élémentaires de gestion de la cité.
Or, nous avons un système rigide, difficile à améliorer sans heurter les intérêts du clan des prédateurs. Et loin de consolider des perspectives intéressantes pour la jeunesse, le Congo assiste impuissant, à la fuite des cerveaux. Les cadres et intellectuels congolais brillants, compétents et honnêtes ont été laissés au bord de la route, les uns tombant dans les consolations dérisoires de l'alcool, les autres repliés dans celles plus douillettes des organisations internationales, l'errance dans les capitales occidentales, laissant écœurés, le Congo aux arrivistes pressés et affairistes.
Pour terminer sur une note positive, je reste persuadé que ce n'est pas le temps que prendrait la mise en place des institutions fortes qui compte. En fait, la construction d'une véritable démocratie dans notre pays sera une œuvre de longue haleine, nous devons donc mettre tous les atouts de notre côté pour conjurer cette fois -ci les affres de Sisyphe, condamné à faire rouler sur la pente d'une montagne un rocher retombant toujours avant d'avoir atteint le sommet.
La nécessité d’une mise à mort de L’UPADS. (le 21/08/2009 à 14h23)
La nécessité d’une mise à mort de L’UPADS.
Sous ce titre barbarese cache probablement l’ultime alternative viable qui s’offre à l’UPADS. L’affirmation de Pablo Picasso est d’ailleurs porteuse d’enseignements: « Tout acte de création est d’abord un acte de destruction». La pérennité du rêve du Professeur Pascal Lissoubaesttributaire d’unecourageuse remise en cause, de fond en comble,de cette désuètemachine électorale.
Il faut se rendre à l’évidence : un à un, tous les partis post-CNS rendent l'âme pour des raisons qui tiennent à leur inadaptation à la nouvelle donne. Le MCDDI de BernardKolelas et le RDD de Yhombi ont été victimes d’une OPA en bonne et due forme de la part du PCT, l’URD -Mwindaest dans une situation périlleuse, les incessants coups de boutoirs du pouvoir ont eu raison de la détermination de certains leaders de ce parti. Quant à l’UPADS, le coma profond perdure. Réduità un simple décorum du paysage politique congolais, il nous rappelle le cyclisted’Alfred Jarry qui continuait à pédaler alors qu’il était déjà mort.
Ces partis construits autour de l'ethnie s'essoufflent quand ils ne disparaissent pas, surtout quand ils ne sont plus au pouvoir. Le « big bang » déclenché par la CNS n’a pas donné les résultats escomptés. On a malheureusement assisté à un retour insidieux de l’ethnie. Cette ethnie qui, une fois au pouvoir, organise un système de prédation de l'Etat avec un engouement qui frise l'hystérie. Par conséquent, à l’exception du parti au pouvoir, seuls ceux qui sont nés des dynamiques démocratiques ont la souplesse d’adaptation nécessaire qui leur permettrait de survivre à leurs créateurs respectifs.
Nous sommes à la fin d’un cycle, le contexte d’accession de Lissouba au pouvoir n’est plus le même, et il serait aujourd’hui illusoire de conjurer la désintégration de l’UPADS par des concepts incantatoires tels« la refondation » , ni « la rénovation ». Un parti, c’est une histoire, des corps, mais aussi des mémoires et des idées incarnées.Et quand il ne représente plus rien de tout ça,il ne provoque plus que colère et exaspération.
En tout état de cause, il n’y a plus rien en commun entre l’UPADS de MBéri et Moukouéké d’une part et de l’autre l’aile de Tsaty Mabiala.Au grand désarroi de leur électorat, ces leaders se départissent de leur conviction, sans état d’âme. Toute honte bue, et dans une démarche qui ne consiste qu’à promouvoirleur carrière, Mbéri, Tamba-Tamba et Moukouékéont appelé à voter pour Sassoulors des dernières présidentielles. L'amphigourique Kignoumbi kia Mboungou, a simplement explosé le couvercle de l'ignominie en allant le premier féliciter Sassou pour une victoire qu'il venait de voler au peuple congolais.
Grace à la constance de ses idéaux, Moungounga Nkombo Nguila est susceptible de jouer un rôle capital pour enclencher le processus aboutissant à un nouveau parti qui rompra avec la machine à perdre actuelle. Cependant, la refondation qu’il prône n’a aucune chance de trouver un écho favorable auprès des autres. Les divergences des intérêts entre ces leaders, et même le choc des ego, auraient eu au moins la vertu de faire éclater les contradictions abyssales qui, seules, génèreraient le débat. Il n’en est rien, ils ne poursuiventmalheureusement que leurs intérêtspersonnels. Les conséquences de leurs actes seraient moins graves si cela ne concernait qu’eux, mais il s’agit de l’alternative à la politique désastreuse de Sassou, de l’espérance de tout un peuple.On a rarement vu des politiques mettre autant d’énergie à s’autodétruire.
Ayanttotalement perdu tout ce qui lui restait d’âme,l’acte de décès de l’UPADS doitêtre dressétrès rapidement. Une refondation serait inopportune, seule d’une dislocation pure et simple créerait une véritable renaissance.Ce n’est pas antinomique de changerle nom du parti et de se reconnaître dans le lissoubisme. Emergera alors une personnalité charismatique, avec des ambitions claires, susceptible de rassemblerl’électorat acquis aux idées du Professeur qu’il faudra impérativement mettre à jour.Le talent et la probité morale comme critères de sélection conjureraient une succession héréditaire. Un électorat potentiel ne suffit pas à concevoir un parti de gouvernement : tout parti s’identifie à un chef qui imprime son empreinte par sa capacité de mobilisation et sa force de proposition. Cette façon de faire aura le mérite de faire sauterla chape de plomb qui empêche de penser, d’imaginer et évidemment de reconstruire. En somme, réduire la confusiontout en renouant avec l’essentiel.
Loin d’avoir joué le rôle d’exutoire qui aurait permis de mettre sur table les grands problèmes qui minent ce parti depuis l’indisponibilité du Professeur,le congrès de Décembre 2006 a porté au paroxysme ces divisions notamment, en vouant aux gémonies la fameuse « bande des quatre ». Dans cet imbroglio, la candidature d’Ange Edouard Poungui, mal ficelée, est allée droit dans le mur de l’invalidation. La conquête du pouvoir, qui est l’objectif de tout parti digne de ce noma été renvoyée aux calendes grecques, sans autre forme de procès. Sans moyens financiers conséquents sans programme clair, mais surtout sanspersonnalité charismatique devant animercette grosse machine, toute entreprise sera vouée à l’échec.
Seule une formation politique qui épouse l’air du temps pourrait alliervolonté de changer un peu le monde en redonnant à la politique ses lettres de noblesse. La dialectique qui a coutumede faire ses enfants dans le dos des acteurs de l’Histoire est à l’œuvre. Assurément, elle érigerademain sur les cendres de l’actuelle UPADS, et avecle concours de ceux qui feront le Congo de demain,un nouveau parti, moderne et réinventé.
Où est passé le plan B de l'opposition congolaise? (le 24/07/2009 à 14h21)
Où est donc passé le plan B de l’opposition congolaise?
« Le Chevalier inexistant » est un conte philosophique d’Italo Calvino , fou, délirant,oùun des chevaliers de l'armée du grand roi Charlemagne,Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes , épris de discipline, excellent paladin, formidable guerrier, extraordinaire homme pour parler aux femmes... mais c’est un leurre. Quand sonarmure blanche quilui tient lieu de corps tombe, l’illusion se dissipe,car elle est vide. Ca ne nous rappelle rien ? Même si personne n’ose le dire, le problème de l’opposition congolaise se résume dansl'absurdité de cette histoire de chevalerie.
Notre chère opposition, engluée dans une espèce d’incapacitéà créerun véritable rapport de force face à un pouvoir autiste, s’était bornée dans des formules incantatoires du genre : «Si les conditions minimales d’une élection libre et transparente ne sont pas réunies, personne n’ira aux élections, même pas Sassou». Pire encore, en adoptant une stratégie qui consiste à maintenir leur candidature tout en appelant les électeurs au boycott, je confesse mon incapacité à comprendre une telle attitude. Loin de desservir le pouvoir, cette stratégie, cautionnant involontairement cette mascarade, a été une bouée de sauvetage inespérée pour Mpila.
La presse internationale, présente à Brazzaville pour couvrir les élections, a été tout bonnement harcelée, pire leurmatériel a été confisqué,certains manifestants étaient passés à tabac. Tout ceci était prévisible. Fallait-ilse résoudreà baisser les bras face à ce déferlement de violence du pouvoir ?Qu’y avait-il exactement dans le carquois de stratégies de l’opposition susceptible de créerle levier qui ferait plier le pouvoir ?
Tout le long de la campagne électorale, le message de Sassou , bien que subliminal était intelligible . Ils’est appliqué à diffuser une atmosphère de crainte dans la société avec pour finalité l’étouffement de toutes velléités contestataires.Cette atmosphère de crainte a toujours été uneressource stratégique du pouvoir, car, ce régime incapable d’inventerdes politiques de développement efficaces pour le pays, se sert de cette violence comme alibi derrière lequel il se cache pour justifier la frivolité de son action gouvernementale. Quand larue a manifesté sa désapprobation suite à la grande farce électorale du 12 juillet 2009,ses sbires ontbrandile spectre de la violence en érigeant la consolidation de la pseudo-paix en objectif prioritaire au détriment d’autres priorités au demeurant plus pressantes.
Dans ce champ de bataille post électoral, Sassou et son clan continuent de jouerune partition aisée alors que l’opposition, faute d’une démarche lisible et convergente,est complètement désemparée. Contre toute attente, on observe uneruée vers la mangeoire de Mpila, et ceux qui auraient pu incarner une véritable alternance rivalisent de médiocrité et d’amateurisme. Or, conquérir un pouvoir est forcement une question de gestion des rapports de force. Cette gestion repose, sous d’autrescieux, sur des valeurs qui fondent l’universalité de sa pratique et de son ancrage au sein de la population.
L’argument qui consiste à dire que l’on souhaite changer les choses du dedans ne prend plus. Seuls ceux qui l’avancent font encore semblant d’y croire, le reste des citoyens a été depuis longtemps édifié sur ces questions. Conséquence, on est en pleine crise de confiance entre ceux qui sont guidéspar le boukoutage éhonté et la partie de l’opposition susceptible d’incarner une véritable alternance. Cette dernièresubit des réguliers coups deboutoirs de la part du pouvoirau point qu’elle s’amenuise chaque jour comme une peau de chagrin. Kignoumbi Kia Mboungou et Nick Fylla sont déjà pressentis pour occuper des postes dans le futur « gouvernement d ’union nationale ». Les ex-opposants et dinosaures commeYhombi OpangoetDavid Charles Ganao entendent également tirer leur épingle du jeu. Tamba-Tamba, Mberi ,Moukouéké et Mpoungui dans une moindre mesure, seront différemment récompensés pour avoir réussi leur mission de déstabilisation de l’électorat de l’Upads et offrir un véritable boulevard à Sassou.
Ni « le génie du peuple congolais » tant vanté par Kinfoussia, ni la capacité de nos leaders à mobiliser la rue, ne sont venus à bout de la détermination du Roi de Mpila. Quelques jours après la pseudo-élection, la chape de plomb commence une fois de plus à s’abattre sur le Congo et le dictateur, comme toujours, ne se fera pas prier pour mettre à jour sa machine diabolique.
Qu’estce qu’est devenu « l’appel à la désobéissance civile »prôné par le Général Ngouolondélé au cas oùles élections ne se passeraient pas dans des conditions de transparence et d’égalité ? Ne serait-il pas opportun que les leaders de la diaspora ( Moungounga, Koukebene et autres) travaillent en symbiose avec ceux qui ont la maîtrise des variables du terrain ?
Mais qu’est-il donc arrivé aux Mathias NDzon, Kinfoussia, Mpounguiet autres Mandzimba? Ces messieurs n’ont ils pas encore compris que le temps de la politique polie est révolu? N’ont-ils pas entendu les cris du peuple, de la nation? Ne savent-ils pas, après tant d’années de propagation de la misère et d’effondrement des valeurs qui fondent un Etat viable, que seule une politique du bras de fer fait tomber les dictatures? Que la politesse en politique, face à undictateur, ne valait rien? Que sans descente dans les rues, sans manifestations, sans révolutionet bras de fer permanent, il n’y a point de salut? Pourquoi un tel endormissement? En définitive, quel est le plan B de l’opposition ?
L'histoire a plus d'imagination que les hommes, disait Marx. Celle du Congo estsoumise aux spasmes que le pouvoir et l’opposition, à des degrés divers, nous imposent. Pendant ce temps, le peuple piaffe d’impatience et rêve sans y croire à ce que « le Chevalier inexistant » se transforme en « Robin des bois », qui lui est un habile braconnier, mais aussi défenseur des pauvres et des opprimés. Il viendrait alors détrousser les « Nouveaux riches » du « Chemin d’avenir » et redistribuerle butin aux congolais appauvris, mais plus méritants . Ils recouvreraient alors fierté et dignité.
Congo-Brazzaville : les raisons d’un fiasco électoral (le 13/07/2009 à 18h28)
Congo-Brazzaville : les raisons d’un fiasco électoral.
« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire »Pierre Corneille
Le 12 Juillet 2009 a été incontestablement un jour de vérité. Jour de vérité parce que le peuple congolais a excipé de sa grande maturité, jour de vérité aussi parce par cette forte abstention, seul élément qui résume cette mascarade, le candidat du RMP a essuyé une cuisante déculottée malgré les dénégations des marchands de sable habitués à travestir toute réalité qui ne les arrange pas. Moralité : même en disposant de tous les moyens de l’Etat, quand on ne se défait pas des alliés encombrants que sont la corruption et le despotisme, le peuple dessillé par les éclaboussures duquotidien finit en toute logique par prendre ses responsabilités. Une telle débâcle a l’heur de mettre en évidencela marre de pollution intoxicante qui a envahi le cœur et le cerveau du pouvoir de Brazzaville.
Une fois de plus, Sassou va s’autoproclamer Président à vie de son bien« le Congo », et là où uneâme démocratique serait déshonorée par cette démobilisation sans précédent, les tricheurs de Mpilavont sans doute chanter les louanges du Roi en fardant la vérité. Or, ne pas dire ce qui est, mais ce qui doit être, c'est tordre l'aiguille de l'Histoire pour qu'elle obéisse à sa boussole. Mais cette fois-ci, ils ne pourront aucunement occulter un fait saillant : leur champion n’aura été plébiscité que par 10 à 15% du corps électoral et se posera manifestement le problème du quorum nécessaire pour la validation d’une élection.
Ceci dit, la langue d’Esope sous l’emprise de la quelle est désormais soumisecette période post électorale tait toute lisibilité. Certains analystes n’auront de cessed’excaver les bribes plus ou moins parlantes.
La quête du peuple reste constante : un changement qui résulterait d’un choix meilleur et plus rigoureux d’un homme dont l’intégrité, la moralité et la probité ne souffrent d’aucun doute.
Dans cette épreuve, si l’honneur du peuple congolais, soucieux de l’hygiène politique, est sauf, en est-il de même pour celui des dirigeants de l’opposition ?. « Si les conditions minimales d’une élection libre et transparente ne sont pas réunies, personne n’ira aux élections, même pas Sassou »,c’ était le leitmotiv de l’opposition, peut-on dire que le boycott prôné au dernier moment par les 6 candidats, constituaitl’ultime armefatale qu’elle pouvait puiserdans lecarquois des stratégies ?
Il est peut être tôt pour évaluer les retombées réelles de cette stratégie, mais reconnaissons-le, n’eut été le sens de patriotisme du peuple qui a
opposé une fin de non recevoir auxmarchands d’illusions qui distribuaient à qui mieux mieux des billets de 5000f Cfa à travers le pays, Sassou était prêt à réaliser un hold up électoral parfait. Ayant traumatisé son peuple en lui imposant un climat de terreur permanent, il a réussi à le réduire au mutisme, à la résignation, au rang de simple spectateur de son propre destin. Le concept de « paix » qui constituait un volet important du projet du candidat du RMP, estun véritable leurre. Pour éviter que l’eau soit portée à ébullition, n’est-il pas plus prudent de l’éloigner de toute source de chaleur ?Que faire si la seule source de chaleur au Congo est Mr Sassou? La paix, cette denrée tant vénérée par son pouvoir n’est en jeu et ne devient un enjeu que lorsqu’il est forcé d’être à l’écart du pouvoir. Troublant.
Notre pays a encore une élite digne, composée d’hommes et de femmes désabusés par l’érection de la médiocrité au sommet de toutes les instances administratives. Ceux-là s’emploient à résister et trouver les voies et moyens adéquats d’instaurer de manière bien opérationnelle, la compétence, la rigueur et le mérite comme seuls critères de sélection pour occuper de hautes fonctions.
Alors Président, la demande du peuple est simple à décrypter à la lumière des pseudo-présidentielles. Le peuple sait que, ce que vous n’avez pas réussi à faire en vingt cinqans, vous ne le ferez pas en sept ans supplémentaires, même en mettant toute votre famille et collatéraux dans le gouvernement. En revanche, vous pouvez en moins de temps que cela revenir à la raison, comme l’avait bien voulu le faire Marien NGouabi et nous vous en saurions toujours gré, car nous aspirons à un Etat administré par des hommes au service du peuple et non au service de leurs progénitures, de leurs ambitions égoïstes, nous aspirons à un espace économique assaini, des finances assainies, un appareil judiciaire assaini, des mœurs assainies.
Plus que jamais, les congolais sont seuls maîtres de leur destin, un combat sans concession doit être mené pour mettre en place les conditions d’un choix légitime de celui qui briguerait la magistrature suprême. Personne ne peut s’accommoder de l’avilissement ni de l’obscurantisme véhiculés par un régime réfractaire à toute adaptation à la nouvelle donne. Il n'est aucun combat mineur contre de telles ténèbres, et la moindre encoche peut offrir une aurore aux multitudes ensevelies. Tel est le message que le plus grand poète persan, Jalal al-Din Roumi, nous adressa au XIIIe siècle : "Même si
sa lumière se répand partout, de l'Orient à l'Occident, le clair de lune pénètre dans la pièce à la mesure de l'ouverture."
De charybde en scylla : une probable géhenne pour le Congo (le 03/07/2009 à 14h47)
De charybde en scylla : une probable géhenne pour le Congo.
La fièvre de la présidentielle imminente s’est saisie des différents acteurs politiques congolais encore dans la course. Ici et là, on affûte les armes, au figuré comme au propre. C’est que, sous nos cieux de pays sous développés économiquement et mentalement, les échéances électorales sont avant tout, des rendez-vous avec la belligérance : menaces, jurons, armes, proclamation anticipée des résultats, atmosphères d’inquiétude, cris dans la nuit striées de revendications et de protestations, policiers tirant sur des foules aux mains nues, un dictateur tricheur (comme en savent fabriquer les tropiques), le regard illuminé, en appelant à l’extermination de l’ennemi pour la défense de la légalité républicaine et de la patrie en danger ; puis, après les massacres, tendant la main à l’opposition pour la composition d’un « Gouvernement de Réconciliation nationale » ou de « large ouverture » (encore des nègreries). Au bout de la chaîne, une Communauté internationale lasse de tous ces mauvais scénarios nègres…
Voilà ce que sont que les élections, en Afrique ― l’Afrique noire, précisément. A quelques jours de l’hypothétique consultation majeure, un seul scenario semble s’ imposer au Congo.Sassous’apprête, une fois de plusà réaliser un des coups de force dont il a le secret, au nez et à la barbe des congolais.
En tout état de cause, si elle a lieu, on aura droit àune consultation tendue, crispante, présage d’une élection calamiteuse et inévitablement conflictuelle. Une élection dangereuse surtout, qui s’offre à mes yeux comme un tragique rendez-vous de l’apocalypse. S’installeraalors une amère réalité plutôt qu’une caricature méprisante. Un seul mot décrit la situation congolaise : kafkaïenne. Car elles ont été kafkaïennes ces négociations qui auraient pu mettre en place les conditions d’une élection juste et transparente, et qui se sont transformées en monologue.
Kafkaïenne également la manière dont Ange Edouard Poungui, representant du plus grand parti de l’opposition, a été écarté de la course à la présidentielle. Invalidation éffectuée sur la base d’une constitution que Monsieur Sassou bafoue régulièrement. Là où le bât blesse c’est qu’ayant travaillé pendant longtempsavec Sassou, à moins d’être dans un rôle dont l’Histoire donnera la véritable signification, telle qu’elle était ficellée, la décision du rejet de cette candidature était plus ou moins attendue. Quel risque pour le plus grand parti de l’opposition?
Kafkaïennes les hésitationsde l’opposition quand elle donne l’impression de se complairedans une déconcertantestratégie qui consiste à tirer à hue et à diaen dispersant les forces. Elle va manifestement se retrouver le 12 juillet 2009 sans grand levier pour avoir raison de l’homme fort du Congo.
De meme, le climat actuel est d’autant plus kafkaïenqu’à quelques jours du scrutin, ni Mathias Dzon, ni Kinfouissani un autre candidat de l’opposition ne nous donneune quelconque assurance sur l’éventualité d’une alternance.Tout converge vers la pérennité dictatoriale avec son lot de désillusions et de carrières briseés par un seul homme.
Ce qui est extraordinaire, c’est ce sentiment insidueusement distillé aux tréfonds de la société congolaiseet qui véhicule une maladive résignation : les dés seraient déja pipés. Mais diable, jusqu’à quand continuerons nous à boire le liquide nauséabond de l’oyocratie ?
L’espoir qu’aurait apporté un homme neuf,à l’issued’une élection juste et transparente est subtilement dérobépar ce régime qui a toujours étalé son incompétence dans toute sa laideur.
Dans une déconcertante soumission à leur triste sort, les uns et autresse positionnent déjà pour l’après scrutin. Comment exister auprès du distributeursdes recettes pétrolières quant on sait que cette-fois, la clientèle est massiveet hétéroclite ?
D’ailleurs, bon nombre de candidats de l’opposition donnent l’impression de filer un discret coup de main à Sassou, tant, leur chance est insignifiante.
Tenez ! l’impudence de Sassou est intacte et chaque fois, il martyrise ses adversaires pour les appeler ensuite à ses côtés quand il les aura psychologiquement vaincus, avec à la clé un asservissement assuré. Le cas Kolelas fait école.
Une candidature me laisse pantois. Celle du capitaine Pandi Ngouari par exemple,cet officier accusé à tortd’avoir voulu fomenter un coup d’Etat dans l’affaire des armes de Bifouitiet qui a été longtemps séquestré dans les geôles de Sassou n’a jamais été jugé. Contre toute attente, il jouit quand même de tous ses droits pour se présenter à une élection majeure. Le soupçon d’un deal entre lui et Sassou pour la mise en place de cette candidature,pèse dans le ciel du marigot politique congolais, déjà assombri par la corruption et le gangstérisme politique.
Pour donner l’impression d’une compétition que Sassou aura gagnée en toute élégance face à de nombreux candidats, les officinesde Mpila ont conçu ces candidaturesde « faire- valoir ». Mais pourquoi tant de mal ? La réponse est simple : pour réussir son scénario, mieux vaut avoir beaucoup de figurantspour semer le doute dans l’esprit de communauté internationale, quand il s’agira de donner son avis sur cette élection à la soviétique. En lui, se côtoient Kafka et Machiavel.
Peut-être que la conscience de courir à sa perte inspirerait à l’opposition des solutions de sagesse et de bon sens. Pour le moment, il faut le reconnaître, dût notre amour propre en souffrir, l’opposition congolaise ne ménage aucun effort pour la maintien de Sassou aux affaires.
Disons-le sans circonlocutions : « Tout peuple a les dirigeants qu’il mérite » nous rappelle d’adage courant. Si le souverain primaire qui est le peuple congolais était persuadé de ne pas mériter cette dictature moyenâgeuse, alors « le sursaut national » que le Général Ngouolondélé appelle de tous ses vœux le 12 juillet 2009, constituera l’ultime rempart pour conjurer la géhenne.
Autopsie d’une schizophrénie du pouvoir : Cas du Congo-Brazzaville. (le 22/10/2008 à 15h28)
Autopsie d’une schizophrénie du pouvoir : Cas du Congo-Brazzaville.
De nombreuxanalystes politiques congolais rivalisent de mâles propos sur les dérives du pouvoir actuel, les conclusions sont presque les mêmes, à quelques détails près : Sassou et son clan ont l’intention de tout faire pour confisquer le pouvoir d’Etat, fusse au prix de leurs vies ; au prix de la vie des congolais, surtout.
Une telle démarche étonne, vu l’état apocalyptique dans lequel ils ont délibérément plongé notre pays. Une retraite, comme le lui a toujours suggéréson ex-comparse ( ?)Ngouolondélé serait peut être la meilleure porte de sortie pour lui, mais rien n’y fait. Une seule explication à tout çà : la schizophrénie du pouvoir.
La psychanalyse nous aide à comprendre ce mal insidieux qui a habitéet sali l’âme de nombreux et célèbres empereurs, tout au long de l’histoire. Ses symptômes sont connus : l’ivresse que procure l’image de soi que vous renvoient chaque jour, les medias ; la sensation d’être Dieu parce qu’on détient entre les mains, le pouvoir de défaire des vies, d’en fabriquer, d’ordonnancer même la mort et de l’administrer ; la crainte, l’envie, la soumission et la terreur qu’on suscite autour de soi.
Comme l’écrit bien J. Anouilh, «Le privilègedes grands, c’est d’admirer les catastrophes, de leurs terrasses. ». Ainsi, les congolais privés d’électricité,d’eau courante, des soins de santé adéquats, rien n’est inhérent à une fâcheuse conjoncture, c’est une volonté machiavélique pour faire durer le plaisir. De même, les membres de l’oppositionappauvris à dessein, et contraints d’aller demander l’aumône à l’empereur pour survivre,ou le spectacle affligeant des pseudo-sages du Kouilou qui viennent s’agenouillerdevant le trône , procèdent de cette démarche cynique qui vise à agrémenterles vices du roi de Mpila.
Le plaisir de Néron fut ainsi de voir brûler Rome et de se délecter de la fureur des flammes dévoratrices ; celui de Caligula était d’expérimenter le droit de vie et de mort (surtout de mort) qu’il avait sur le peuple, en ordonnançant, par moments, des exécutions à vous procurer quelque frisson. Le plaisir de Chaka était de voir l’ennemi empalé vivant, sur un pieu jusqu’à ce qu’il expire, las de souffrances insupportables. Jules César et les Romains, sauvages, de cette époque, jouissaient de voir les gladiateurs être dévorés par les lions ou bien s’entretuer : «Ave Caesar, morituri te salutan» ― Bonjour César, ceux qui vont mourir te saluent ! Tel était le rituel en vigueur, en prélude à la célébration des plaisirs étranges du grand empereur romain ! Sassou et ses tueurs à gage auraient aimé que nos 353 compatriotes froidementmassacrés en une seule après midi au Beach de Brazzaville,eurent rendu un dernier hommage à leurs bourreaux.
On devine aisément , comment, des loges étincelantes de lumière du Palais de Mpila où il trône, satisfait de soi, Sassou se pâme d’aise quandplusieurs membres de l’opposition se bousculent au portillon de sa mangeoire. Ces pseudos opposants , aux rêves si facilement monnayables, mais surtout, si prompts à marchander leur conviction ! C’est cela, le plaisir des princes et des hommes qui possèdent la culture de la cruauté délicieuse : se délecter des petitesses de leurs (presque) semblables – les hommes. Un privilège des dieux. L’écrivain burkinabé Patrick Ilboudoa d’ailleurs approfondila questiondans un livre au titre très évocateur : "vertige du trône"
Les peuples ne décèlent cette folie qui habite l’esprit de certains dirigeants maléfiques qu’après le temps de l’apocalypse, quand ces derniers ont fini de ruiner le monde, semant et laissant sur leurs passages, cendres, cris, cadavres et désolations.
Et Sassouporte en lui, l’âme de ces dirigeants. Ni plus, ni moins dangereux qu’eux ; mais tout simplement, exactement comme eux. Ils sont venus pour bousculer le monde, le rendre un peu différent de ce qu’il était, avant eux. Pas forcément meilleur ni pire, mais tout simplement (ou tragiquement – c’est selon), différent.
Après plus d’un quart de siècle d’un règne sans partage, l’empreinte de Sassou ne passera jamais inaperçu. Elle entrera forcément dans le ventre de l’histoire, car après le fracas de son passage, les historiens et les survivants indiqueront, toujours, une ère avant lui, une autre sous lui, et une ère après lui : il y aura ainsi le Congoavant Sassou, le Congo sous Sassou, et le Congo après Sassou . En définitive , une chaotique série de Sassou I, II, III nous nargue, et si l’on y prend garde, une succession des Nguesso. Cela sera ainsi parce que Sassou est venu pour déclencher le big-bang négatif au Congo en lui imprimant un certain ordre dont lui seul et les maîtres des secrets de l’ombre (ceux-là qui savent décrypter les grandes énigmes) ainsi que quelques analystes avisés, savent la logique. Je confesse mon ignorance sur ce plan.
Idi Amine, Hitler, Pol Pot, Staline, Sékou Touré, Mobutu n’étaient tous, que des fous, pas des grands hommes. Des fous lucides cependant, car ils avaient perçu, dans des moments de transe subliminale, la médiocrité du genre humain, la fragilité de la vie, enfin la puissance ― toute la puissance que donne le trône rouge du pouvoir.
La perte du contact avec la réalité obstrue toute lucidité, et le pouvoir moribond de Sassou refuse de comprendre qu’il faut bien plus que la maîtrise logomachique et l'habileté manœuvrière, pour gravir l'ultime marche du panthéon politique. Il fautplus, même qu’au bout de longues années, être en paix avec sa conscience, serein au soir tombant du destin, persuadé que l'action menée est sa meilleure plaidoirie. Détaché des événements, détaché de soi, c'est parce qu'il n'attend plus rien que le politique obtient alors ce luxe suprême d'être un grand homme, au moment précis où cela lui est devenu indifférent. Dommage pour le cobra-suprême, il ne s’agit ici que des grands hommes qui font vraiment l’Histoire…